Ce que l’EMDR vise, et ce qu’elle ne promet pas
EMDR signifie « désensibilisation et retraitement par les mouvements oculaires ». L’idée est simple : certains souvenirs restent stockés à vif. Une odeur, un bruit, une remarque, et le corps réagit comme si l’événement se rejouait, alors que la tête sait très bien qu’il est passé. L’EMDR ne cherche pas à effacer ce souvenir : elle vise à ce qu’il puisse être repensé sans provoquer la même charge émotionnelle ou corporelle.
L’Inserm décrit le trouble de stress post-traumatique par des reviviscences, un évitement de ce qui rappelle l’événement, une hypervigilance et des troubles du sommeil ; l’Assurance Maladie parle de flash-backs, de cauchemars, de conduites d’évitement. L’Inserm indique que les psychothérapies, dont l’EMDR, sont recommandées en première intention pour ce trouble.
Une même situation a plusieurs lectures possibles : un souvenir précis qui bloque, une accumulation de petits événements, un épuisement. L’EMDR répond à la première ; les autres se travaillent autrement, parfois avant, parfois à la place.
Séance par séance : les quatre temps d’un accompagnement EMDR
Le parcours suit quatre temps, dont la durée dépend de vous, pas d’un calendrier.
Rencontrer. La première consultation dure une heure et quart : ce qui vous amène, ce qui se réactive aujourd’hui, votre histoire dans les grandes lignes, vos ressources, vos suivis en cours. À la fin, je vous dis si l’EMDR me semble indiquée, si elle doit attendre, ou si une autre porte est plus juste.
Préparer. Avant tout retraitement, nous installons des moyens d’apaisement (un lieu sûr imaginé, une respiration, un geste d’ancrage) et nous vérifions qu’ils restent accessibles quand l’émotion monte.
Retraiter. Lorsque le cadre est suffisamment stable, nous choisissons une cible précise et la travaillons par séries courtes de stimulations bilatérales alternées.
Intégrer. Entre les séances, nous observons ce qui a bougé et décidons la suite ensemble, sans rythme imposé.
| Temps | Ce qui se passe | Ce que l’on ressent souvent |
|---|---|---|
| Rencontrer | Demande, histoire, ressources, indication | Le soulagement d’une écoute, parfois la peur de « tout rouvrir » |
| Préparer | Outils d’apaisement testés en séance | De l’impatience, puis un peu plus de marge |
| Retraiter | Cible précise, stimulations bilatérales, séries courtes | Émotions, images, sensations qui changent ; fatigue |
| Intégrer | Réévaluation, ajustements, suite décidée ensemble | Une distance nouvelle avec le souvenir, ou pas encore |
Ce que je regarde avant de proposer un retraitement
En séance, ce que j’observe d’abord n’est pas le souvenir, c’est votre capacité à rester en contact avec lui sans vous absenter. Arrivez-vous à revenir ici, dans la pièce, quand l’émotion monte ? Le sommeil, l’alimentation, l’alcool ou d’autres consommations restent-ils à peu près stables ?
Je regarde aussi votre contexte. Une situation de danger encore actuelle, un conflit très aigu, une période de grande instabilité changent tout : on ne retraite pas un souvenir pendant que la menace continue, on sécurise d’abord. L’EMDR s’intègre à un parcours de soins coordonné avec votre médecin, un psychiatre ou un psychologue, jamais à leur place.
Enfin, je regarde la demande : « ne plus rien ressentir » n’est pas un objectif que je peux tenir ; « pouvoir y penser sans que ça me coupe les jambes » en est un.
Pendant une séance de retraitement, concrètement
Vous gardez conscience de tout ce qui se passe, vous restez dans la pièce, libre de demander une pause à tout moment. Je vous demande d’abord de ramener la cible : l’image la plus difficile, la phrase négative qui l’accompagne, l’émotion, l’endroit du corps où elle se loge. Puis vient une série de stimulations bilatérales alternées : vos yeux suivent ma main de gauche à droite, ou des tapotements alternent d’une main à l’autre, pendant quelques dizaines de secondes. Je m’arrête, vous me dites en quelques mots ce qui vient, et nous repartons.
Vous n’avez pas à tout raconter : quelques éléments suffisent pour définir la cible et veiller à votre sécurité. Le travail se fait surtout à l’intérieur, pas dans le récit.
La fatigue en fin de séance est fréquente. Nous prenons toujours le temps de refermer, avec un retour aux outils d’apaisement.
Quoi essayer cette semaine
- Notez, en une ligne et sans chercher à revivre la scène, les moments où le corps a réagi « comme si » : le déclencheur, la durée, ce qui a aidé à redescendre.
- Repérez ce qui vous apaise déjà, même un peu : une marche, une personne, une musique. Ce sont les premiers matériaux de la préparation.
- Ne vous forcez pas à revisiter le souvenir de votre côté : sans cadre, cela réactive plus que cela ne retraite.
- Protégez le sommeil autant que possible : c’est lui qui fait tenir le reste.
- Prévenez votre médecin, ou le professionnel qui vous suit, que vous envisagez l’EMDR.
Ces phrases-là, je les entends
- Je sais que c’est fini, mais mon corps ne l’a pas compris.
- Il suffit d’un bruit, d’une odeur, et je suis de nouveau là-bas.
- J’ai peur qu’en rouvrant tout ça, ce soit pire.
- J’en ai parlé pendant des années, et ça me fait toujours le même effet.
- Je ne veux pas tout raconter, je veux juste que ça s’arrête.
Aucune de ces phrases ne suffit à poser une indication ; toutes méritent d’être entendues.
Quand consulter, et quand ce n’est pas le moment
Consulter vaut la peine quand un événement précis reste à vif, quand des images, des sensations ou des émotions reviennent malgré vous, ou quand certains déclencheurs persistent malgré une compréhension rationnelle.
Il y a aussi des situations où l’EMDR n’est pas indiquée, ou pas encore : un danger actuel, un risque suicidaire, une consommation non stabilisée, une grande instabilité, des moments de déconnexion importants où vous « partez » sans parvenir à revenir. Je diffère, et je vous oriente vers un médecin, un psychiatre, un psychologue ou une structure spécialisée : se mettre en sécurité est déjà une étape du parcours. En cas de danger immédiat, appelez le 15 ou le 112. Le 3114, prévention du suicide, est gratuit et joignable à toute heure.
Psychopédagogue n’est pas un titre réglementé, et je ne pose pas de diagnostic ; je suis formée à l’EMDR auprès de l’AFPRA. L’accompagnement EMDR s’adresse aux adolescents et aux adultes ; il se déroule au cabinet et, lorsque le cadre le permet, en visio. La première consultation (1 h 15) et chaque séance EMDR (1 h) coûtent 80 € ; l’Assurance Maladie ne les rembourse pas (voir les tarifs). Si vous hésitez sur la bonne porte, lisez Psychologue ou psychopédagogue : qui consulter ?
Questions fréquentes
Que se passe-t-il si je n’arrive pas à parler de l’événement ?
Vous n’avez pas à le raconter. Nous partons de ce que vous pouvez dire aujourd’hui : une image, une phrase, un endroit du corps. Si même cela est trop, nous restons sur la préparation et nous y revenons plus tard. Rien ne presse.
Combien de temps dure la préparation avant de retraiter ?
Parfois une séance, parfois plusieurs. Je regarde si les outils d’apaisement restent accessibles quand l’émotion monte, si le sommeil et le quotidien tiennent, et si votre contexte est suffisamment sûr. Tant que ce n’est pas le cas, nous ne retraitons pas : ce temps fait déjà partie de l’accompagnement. Aucun nombre de séances ne peut être promis à l’avance.
Peut-on interrompre un retraitement en cours de séance ?
Oui, à tout moment, d’un mot ou d’un geste convenu à l’avance. Nous revenons alors aux outils d’apaisement installés pendant la préparation, et nous ne reprenons que si vous le souhaitez. Une séance interrompue n’est pas une séance ratée : elle m’indique où le cadre doit encore être renforcé.
Que faire si quelque chose se réactive entre deux séances ?
Des émotions, des pensées, des rêves ou des sensations peuvent continuer à évoluer entre deux rendez-vous : ce n’est pas un signal d’alarme, mais je veux le savoir. Nous préparons cela en fin de séance, avec les repères à utiliser. Si le malaise est intense ou persistant, contactez-moi ou votre médecin sans attendre.
L’EMDR aide-t-elle pour autre chose qu’un traumatisme ?
Son efficacité est surtout documentée pour le trouble de stress post-traumatique, pour lequel l’Inserm cite les psychothérapies, dont l’EMDR, en première intention. Pour d’autres difficultés, je ne promets rien : je l’envisage au cas par cas, quand un souvenir précis semble entretenir la difficulté, et je propose autre chose sinon.