Le choc du retour, souvent sous-estimé
Dans les années 1960, les chercheurs John et Jeanne Gullahorn ont prolongé la « courbe en U » de l’adaptation à l’étranger par une « courbe en W » : le retour au pays d’origine demande, lui aussi, une période d’ajustement. Les travaux sur les « enfants de la troisième culture », de David Pollock et Ruth Van Reken, décrivent la même chose chez les enfants : ce qui était « chez soi » pour les parents ne l’est pas forcément pour eux.
Le choc du retour est d’autant plus déroutant qu’on ne s’y attend pas. Les parents rentrent chez eux ; l’enfant, lui, quitte peut-être le seul pays dont il ait des souvenirs. Il a laissé des amis, une langue du quotidien, une façon de vivre. Et autour de lui, peu de gens s’intéressent vraiment à ce qu’il a vécu.
Ce qui change à l’école française
Mes recherches en éducation comparée, sur les systèmes français et québécois, m’ont montré à quel point deux écoles francophones peuvent fonctionner différemment : le rapport à la note, la place de l’oral, l’autonomie attendue, la relation aux enseignants. Un enfant qui revient d’un autre système doit réapprendre ces codes, même s’il parle parfaitement français.
| Scolarité à l’étranger | Ce qui se passe au retour |
|---|---|
| Établissement français homologué | Mêmes démarches qu’un déménagement ; les décisions d’orientation s’appliquent en France |
| Cours du CNED | Mêmes démarches qu’un déménagement ; les avis de passage sont valables |
| École locale non reconnue, en primaire | Inscription en mairie ; classe fixée selon l’âge et une évaluation par l’équipe de l’école |
| École locale non reconnue, collège ou lycée | Examen d’admission organisé par l’établissement, qui détermine la classe |
Pour l’école primaire, adressez-vous à la mairie de votre future commune ; pour le collège et le lycée, aux services de l’éducation nationale de votre futur département. Pensez à demander un certificat de radiation à l’ancien établissement avant de partir.
Ce que je regarde avec les familles qui rentrent
Je regarde d’abord comment le retour a été décidé et annoncé. Un retour choisi, préparé, n’a pas le même poids qu’un retour précipité par une fin de contrat, une séparation ou un problème de santé.
Je regarde ensuite ce que l’enfant emporte de sa vie d’avant, et la place que la famille lui laisse. Un enfant à qui l’on dit « maintenant, on est rentrés, c’est fini » risque de garder pour lui une partie de son histoire. Un enfant qui peut en parler, en garder des objets, des amis, une langue, se reconstruit plus facilement.
Enfin, je regarde l’école : le décalage de niveau éventuel, mais surtout le décalage de codes, et la façon dont l’enfant est perçu, parfois comme « celui qui vient d’ailleurs », alors qu’il est français.
Quoi essayer cette semaine
- Parlez du retour comme d’un nouveau départ, pas comme d’un simple « retour à la maison ».
- Gardez une trace de la vie d’avant : photos, objets, recettes, appels réguliers avec les amis restés là-bas.
- Préparez avec lui ce qu’il dira à ses nouveaux camarades sur l’endroit d’où il vient, en quelques phrases.
- Rencontrez tôt l’enseignant principal pour expliquer son parcours et ce qui pourrait le dérouter.
- Entretenez la langue apprise à l’étranger si c’est possible : c’est une partie de lui, et une richesse.
Ces phrases-là reviennent souvent
Elles reviennent dans les récits de familles rentrées en France.
- Là-bas, j’étais le Français ; ici, je suis celui qui vient d’ailleurs.
- Personne ne veut entendre parler de ma vie d’avant.
- Je ne comprends pas pourquoi les profs notent aussi sévèrement.
- Nous, on est contents de rentrer ; lui, il vit ça comme un exil.
- Je n’ai plus d’amis nulle part.
Quand consulter, et qui
Consultez si, plusieurs mois après le retour, votre enfant reste triste, isolé, en difficulté à l’école ou en conflit permanent avec vous, ou si les difficultés s’aggravent. Le médecin de l’enfant et l’équipe de l’école sont les premiers interlocuteurs ; l’établissement peut aussi proposer un aménagement pendant la période de transition.
Je vous accompagne en visio, en français, y compris avant le retour, quand vous êtes encore à l’étranger : c’est souvent le meilleur moment pour préparer la suite. Pour les enfants de moins de 12 ans, le travail se fait avec les parents, en guidance parentale ; une fois rentrés, les séances peuvent aussi se tenir au cabinet. Je propose des créneaux tôt le matin et en soirée, heure de France.
Questions fréquentes
Mon enfant sera-t-il obligé de redoubler en rentrant ?
Pas forcément. S’il était dans un établissement français homologué ou au CNED, sa scolarité se poursuit normalement et les décisions de passage s’appliquent. S’il était dans une école non reconnue, sa classe est fixée après une évaluation en primaire, ou un examen d’admission au collège et au lycée. Un décalage éventuel se discute avec l’établissement.
Quand faut-il inscrire son enfant à l’école au retour ?
Le plus tôt possible, dès que votre future adresse est connue : à la mairie pour l’école primaire, auprès des services de l’éducation nationale du département pour le collège et le lycée. Demandez avant le départ un certificat de radiation à l’ancien établissement et rassemblez ses bulletins, utiles pour décider de sa classe.
Pourquoi mon enfant va-t-il moins bien en France qu’à l’étranger ?
Parce que, pour lui, rentrer est souvent partir : il quitte des amis, une langue et une vie qu’il connaissait, pour un pays qu’il connaît parfois moins bien que vous. Ce « choc du retour » est décrit depuis longtemps en psychologie interculturelle. Il s’atténue le plus souvent avec le temps, surtout si l’enfant peut parler de sa vie d’avant.
Peut-on commencer un accompagnement avant de rentrer ?
Oui, et c’est souvent utile. En visio, depuis votre pays de résidence, nous pouvons préparer le retour : ce que vit l’enfant, la façon d’en parler, l’école. Une fois en France, l’accompagnement peut se poursuivre en visio ou au cabinet, selon votre lieu de vie et l’âge de l’enfant.
